Quand on décide de se lancer en affaires avec un tout nouveau procédé pour lequel il n’existe pas vraiment de précédent, c’est qu’on a l’innovation dans le sang. C’est ce que démontrent depuis 2015 Dominique Lynch-Gauthier et Lysiane Roy Maheu, co-fondatrices de Blanc de gris, en développant la culture des pleurotes dans de la drêche de brasserie.

La drêche est composée de ce qui subsiste des grains de céréales après leur utilisation par des brasseurs pour faire de la bière. « Les brasseurs se servent de la matière soluble des grains, essentiellement des sucres, mais ensuite il reste plein de fibres et de protéines, explique Dominique Lynch-Gauthier. Cela fait de la drêche un excellent substrat pour cultiver des champignons qui sont plus riches en protéines que ceux qui poussent sur d’autres substrats, comme de la paille. »

Les deux mycicultrices ont dû partir de zéro pour formuler leur substrat. Il fallait ajouter des ingrédients à la drêche, en plus d’optimiser de multiples facteurs comme le ratio carbone/azote, l’acidité, le taux d’humidité ou encore la granularité. Après une succession d’essais, l’entreprise a commencé à produire ses pleurotes qu’elle vend aux restaurants, aux épiceries fines et aux particuliers.

Mais les deux entrepreneures sont loin d’être rassasiées. Elles ont récemment commencé un projet de recherche avec Biopterre, un Centre collégial de transfert technologique (CCTT) associé au Cégep de La Pocatière. « Notre mission est de mettre l’innovation au service des firmes du domaine des bioressources qui veulent augmenter leur compétitivité », résume la chercheuse Catherine Bélanger. Elle-même possède une expertise en mycotechnologies qui vaut de l’or pour Blanc de gris.
« L’entreprise souhaite trouver des moyens de valoriser le substrat dont elle se sert pour faire pousser ces champignons, poursuit Catherine Bélanger. Présentement, une fois qu’il a été utilisé, il est envoyé au compost alors qu’il existe des voies de valorisation bien plus intéressantes. »

Biopterre analysera tout d’abord le procédé actuel pour évaluer s’il est possible d’augmenter la quantité de champignons qui poussent pour une même quantité de substrat. Les pleurotes produisent par ailleurs beaucoup d’enzymes qui demeurent dans le substrat et pour lesquelles on pourrait identifier des débouchés dans des industries comme celles des aliments ou des pâtes et papiers. Cela permettrait de générer de nouvelles sources de revenus pour Blanc de gris. Même une fois vidé de ses champignons et de ses enzymes, le substrat pourrait receler d’autres opportunités en le transformant par exemple en biochar, un amendement du sol issu de la pyrolyse d’une biomasse.

L’entreprise montréalaise installée au cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve ne compte pas s’arrêter là. Elle teste déjà la culture d’autres variétés de champignons pour bonifier son offre de produits. Elle a également effectué un virage rapide vers la vente en ligne aux particuliers et la livraison à domicile lorsque la pandémie de COVID-19 a tari les achats des restaurants. « Nous aimerions aussi étudier la possibilité de récupérer le gaz carbonique émis par les champignons et de l’utiliser dans des serres de végétaux, bref, nous ne manquons ni d’idées ni de projets ! », conclut Dominique Lynch-Gauthier.

Un texte tiré du site internet de Québecinnove : https://www.quebecinnove.com/histoire-succes/des-idees-qui-poussent-comme-des-champignons/

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